L’histoire et le présent

La culture d’Únìtice

2000 avant J.C... La Bohème traverse une période communément appelée aujourd’hui l’âge de bronze. Toutefois, lorsqu’on l’étudie plus tard, un nom s’impose en République Tchèque mais aussi dans le monde entier: Únìtice et la culture Únìticienne. Petit village, situé à l’ouest de Prague, Únìtice s’inscrit dans l’histoire de l’archéologie et peut ainsi s’enorgueillir, fait rarissime, d’avoir une période historique portant son nom. Mais Únìtice n’est pas seulement un village, le berceau d’une culture ou des centaines d’objets archéologiques exposés entre autres au British Museum de Londres, c’est aussi un village culturellement très vivant et ce grâce à ses irréductibles habitants...

Au cœur de l’Europe, les pays tchèques et surtout la Bohème Centrale vont connaître durant l’époque du Bronze une période dynamique de leur histoire, ayant eu une grande influence dans toute l’Europe, à laquelle d’ailleurs, Únìtice sera étroitement associé.

En ce temps, approximativement entre 2000 et 1500 avant JC, des découvertes archéologiques ont mis en évidence le commerce qu’entretenaient ses habitants avec les pays d’Europe. Ainsi, ont pu être retrouvées en Italie en Grande Bretagne, dans les Balkans et jusqu’en Scandinavie des armes de bronze, de la faïence et même des bijoux en or façonnés à Únìtice. Preuve de leur valeur, les pays de Bohème ont reçu en échange de l’ambre des Pays Baltes et de la mer du Nord, des poignards de Scandinavie, des perles d’Egypte, de Syrie ou de Mésopotamie...

Reste à savoir pourquoi une période historique aussi importante est appelée du nom d’un petit village près de Prague. L’histoire débute en 1879. Èenìk Rýzner, médecin et archéologue amateur découvre à Holý Vrch, non loin de Únìtice, 56 tombes datant de la fin de l’âge de bronze. Une découverte sans précédent. Un an plus tard, il publie dans un magazine spécialisé le fruit de ses recherches. Les archéologues du monde entier se font l’écho de ces découvertes et utilisent des lors la culture d’Únìtice pour désigner cette période de l’histoire. Pourtant force est de reconnaître que d’autres nécropoles importantes seront retrouvées par la suite en Bohème Centrale. Qu’importe, dès 1892, Únìtice commence à se faire un nom dans l’histoire du monde.

Les tombes retrouvées à Únìtice sont particulièrement intéressantes pour les archéologues. Disposées en ligne, tout comme dans les cimetières aujourd’hui, des études ont souligné la rareté d’une telle chose à cette époque. Autre aspect, tout comme au dernier moment de la préhistoire, donc une période plus tardive, les corps ont été retrouvés accroupis dans des sortes de cercueil, en fait des troncs d’arbres creusés à l’intérieur. Par ailleurs, des tombes familiales ont également été découvertes, des faits exceptionnels à la préhistoire prouvant que la culture de Únìtice se trouvait bien à la croisée de deux cultures, de deux époques.

Curieusement la découverte des tombes de Únìtice n’est pas seulement due à la persévérance et le travail d’archéologues, il s’inscrit aussi dans un contexte particulier celui d’une époque et d’un peuple alors sous le joug de l’empire Austro-Hongrois. A la fin du XIX, un désir d’émancipation secoue la société tchèque. Economiquement et culturellement les pays de Bohème sont riches, mais dépendant de Vienne ils sont astreints d’utiliser la langue allemande qu’ils honnissent.

L’archéologie devient dans les années 1800 une manifestation silencieuse contre la mainmise de Vienne et pour de nombreux habitants, convertis en archéologues amateurs, une recherche aux sources des cultures tchèques s’organise. Ecrivains, peintres et sculpteurs de l’époque seront énormément influencés par cette quête.

Václav Matoušek, archéologue contemporain et dramaturge amateur, réussit magistralement et avec humour à décrire cette atmosphère particulière entourant le docteur Rýzner et son époque. Dans sa pièce, jouée on s’en doute, avec ferveur a Únìtice, on retrouve rencontrant l’archéologue amateur, tous les artistes et l’élite de l’époque.

Cette atmosphère qui dépeint une rare richesse culturelle qui entourait Únìtice continue à influencer d’une certaine manière le village aujourd’hui. Peu après 1990, l’association pour la renaissance de la culture de Únìtice voit le jour désireuse de réveiller cette vie culturelle intense qui animait le village. Et c’est vrai qu’Únìtice, c’est tout un art de vivre. Rarement en Tchéquie ou ailleurs, un village connaît une vie culturelle animée aussi intense. Les week-ends sans concert ou pièce théâtrale dans l’hospoda, auberge du village, se comptent sur les doigts de la main. L’association a d'ailleurs sa propre troupe et son chœur. Dans le domaine sportif, des équipes de volley, de foot et même de pétanque cohabitent sur le terrain. Elles s’affrontent lors de nombreux tournois dont un international dans une ambiance toujours sympathique, les habitants supporters buvant des bières à la terrasse et les enfants jouant dans un coin. Únìtice revendique plus que jamais, comme au temps de la préhistoire, son «centre de culture de l’Europe» Et tous les moyens d’aujourd’hui sont utilisés... Cliquez et vous découvrirez Únìtice sur le web... et même en français !

Avec des habitants aussi enthousiastes, on en arrive à ne même plus s’étonner qu’un congrès mondial sur l’âge de Bronze se soit tenu là, que le président de la pétanque suédoise viennent boire une bière et faire une petite partie, qu’une troupe de théâtre Vénézuélienne joue devant un parterre prestigieux dans la très modeste salle du village et que le grand orchestre de New York arrive un jour sans crier gare pour une soirée musicale inoubliable... Mais aussi de nombreux artistes d’Amériques, d’Afrique ou d’ailleurs...

Nous aurions aussi envie de dire que Únìtice ne se raconte pas, mais se vit, et que comme tous les gens qui y sont allés pour une raison quelconque une fois dans leur vie, on a une seule envie, y revenir et participer à ce tourbillon de vie. Rencontrer ces Únìticiens, fiers du rôle de leurs ancêtres et qui ont toujours de nouveaux projets en tête: de nouvelles manifestations sportives et culturelles et bien d’autres surprises. Le présent ouvrage contribuera au financement de l'installation du musée de la culture d'Únìtice dans un ancien grenier a blé. Décidément, depuis la préhistoire, Únìtice ne cesse de nous étonner!